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La classe moyenne change

La classe moyenne n’est pas en déclin au Québec, mais sa composition a radicalement changé depuis 25 ans, au point où il faut maintenant employer le pluriel pour en parler.

Les classes moyennes sont en effet devenues «une nébuleuse complexe», pour reprendre l’expression proposée par un sociologue français (Serge Bosc) pour la caractériser. Ce qualificatif s’applique aussi au Québec. On retrouve en effet au sein des classes moyennes davantage de retraités qu’il y a 25 ans (13% en 1982 contre 21,1% en 2008), moins de jeunes ménages –dénatalité oblige (35 % contre 20%)– moins de ménages dont les membres ont une scolarité faible (71% contre 43%), plus de personnes seules (16% contre 30%), notamment.

Parce que la distribution de ces catégories de ménages a profondément changé dans notre société, les classes moyennes en ont subi les contrecoups. Il faut donc parler d’un véritable changement structurel qui les caractérise, au point où on se demandera si on parle encore du même phénomène social en 2012 qu’en 1960, année de l’âge d’or des classes moyennes.

Par ailleurs, une part importante des ménages à double revenu –qui ont marqué historiquement l’émergence des classes moyennes dans «les trente glorieuses» (années 1945-1975)– a migré vers le groupement des ménages les plus riches, ce qui a aussi contribué à changer le portrait d’ensemble.

De nouveaux groupes accèdent à la classe moyenne
La mutation radicale de la composition des classes moyennes aide à comprendre une observation maintes fois rapportées dans diverses études –dont j’ai fait état dans un billet précédent– soit la diminution des revenus de marché qu’on y observe depuis 25 ans. S’y retrouvent en effet davantage de seniors et de personnes âgées qu’autrefois, et l’on sait que celles-ci ont des revenus moindres –bien que les retraités d’aujourd’hui en aient davantage que ceux d’hier, il faut le rappeler.

Plus de personnes vivent seules à notre époque, ce qui n’est pas non plus sans effet marquant sur la composition des classes moyennes, puisqu’une part de celles-ci dispose de meilleurs revenus que les personnes seules d’hier, mais des ressources cependant moindres que celles des ménages à double revenu. Une partie des personnes qui vivent seules peuvent donc accéder au mode de vie typique des classes moyennes –ce qui était impensable il y a 25 ou 30 ans– mais en conséquence, elles en font baisser les statistiques portant sur leurs ressources financières.

Un ensemble disparate
Cette importante mutation –ce changement structurel– explique en bonne partie les observations souvent pessimistes qui sont rapportées dans les médias sur «le déclin» des classes moyennes. Celles-ci ne sont pas en déclin au sens statistique; elles sont par contre en profonde transformation.

Il résulte de ces changements que les classes moyennes québécoises n’ont plus une certaine unité comme c’était le cas au moment où elles ont émergé lors de l’avènement de la société salariale et de la société de consommation, typique de ce qu’on a appelé le modèle fordiste qui s’est mis en place dès l’après-guerre 1939-45.

Les classes moyennes sont devenues un ensemble complexe, disparate, diversifié, d’où l’emploi du pluriel pour les caractériser de nos jours. Une partie de leurs membres les plus typiques –les ménages à double revenu, qui en constituaient hier encore le cœur– les ont aussi quittées pour former une catégorie à part, immédiatement au-dessus des classes moyennes reconfigurées, mais en deçà des nouveaux riches qui, quant à eux, se sont détachés vers le haut, contribuant à l’accroissement des inégalités. Il faudra y revenir. 

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  1. Publié le 6 janvier 2012 | Par Simon Langlois

    @Pierre
    Je partage votre analyse et votre hypothèse sur l'obésité (précision: il faudrait parler d'hypothèse et non de "postulat" qui est une proposition indémontrable telle que "l'homme est bon"!). Je pense qu'elle est certainement liée au mode de vie: travail exigeant, famille, temps accru de transport, temps exigé par la fréquentation des médias sociaux (ipod, ipad, facebook, twitt, télé, vidéologie de toute sorte, etc.). La journée n'a que 24h alors que nous sommes sollicités de toute part par toutes sortes d'activités intéressantes ou obligatoires. D'où la pression à s'alimenter rapidement avec l'aide de produits industriels.
    Autre chose: l'offre industrielle d'aliments (soit des aliments gras et sucrés -et ce cas, bénéficiant de subventions accordées au sucre- ainsi que des aliments produits industriellement à bas coût) et les grands formats induisent une plus grande consommation. Il a été démontré que si le hamburger est plus gros, nous le mangerons quand même, allant un peu au delà de notre faim.
    Donc, mode de vie d'un côté et sollicitation externe du système agro-industriel alimentaire de l'autre se combinent pour favoriser l'obésité de personnes moins favorisées ou de celles qui sont contraintes par le temps. Je rappelle que Bill Clinton avait pris du poids durant sa présidence, justement parce qu'il mangeait mal à cause d'un emploi du temps trop chargé et qu'il avait eu des ennuis de santé avant de se reprendre en main. Les membres des classes plus favorisées auront donc les moyens de se sortir de cette situation liée à l'obésité, à condition de le vouloir, ce qui n'est cependant pas le cas des personnes défavorisées.
  2. Publié le 6 janvier 2012 | Par Pierre Fraser

    Cette distinction, que vous apportez à propos des classes moyennes, offre un nouvel éclairage par rapport à l'obésité, et nous permet peut-être d'envisager celle-ci sous l'angle d'un problème structurel. Mon analyse ici : http://pierre-fraser.com/2011/12/30/obesite-surpoids-et-classes-moyennes/.

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